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Ma rencontre avec le vivant 2

UNE EXPÉRIENCE DE LA PRATIQUE DE L’INSTANT

Par Ludivine Watbled

Souvent les habitudes reviennent par l’évitement de ce qui se vit à l’intérieur de moi. Et je poursuis mes activités du jour. Pourtant, en regardant bien, une tension dans tout le corps est présente. Le soir venu, je décide de me connecter au vivant. Je m’assois alors dans le fauteuil, pieds au sol. J’entre dans le vivant et convoque ce qui s’est passé ce matin. La douleur est diffuse. Les larmes apparaissent. Je regarde la douleur pour voir. Le visage grimace, la respiration se coupe, le corps se contorsionne et vient s’effondrer sur le sol. « C’est pas juste dit la tête, mon chat est mort ». Puis : « il n’est plus là avec moi, je veux qu’il revienne ». A genou, par terre sur le parquet, les larmes redoublent. La souffrance se décuple. Prise de panique, je reprends mon souffle. Puis, je pose mon attention sur chaque partie du corps. Je le scanne : un coup vient aplatir puis perforer le coeur. Ça tire, ça brûle juste en dessous de la douleur ressentie. Les boyaux se tordent. Ça crie à l’intérieur. C’est tellement douloureux que les cris jaillissent à l’extérieur. Rien ne s’arrête. A ce moment là, la tête me demande ce que je fous là et dit qu’il n’y a rien d’humain dans la pratique d’une technique qui consiste à souffrir deux fois plus. C’est quoi l’intérêt ? Tire toi de là en courant ! lance t-elle. J’observe ce que dit la tête. Je laisse passer ces pensées et je reviens dans le vivant. La douleur traverse le corps de haut en bas. Après le coeur, elle atteint l’estomac. Des nausées surgissent. Les membres tremblent. Le corps bascule en avant et repart aussitôt en arrière, plusieurs fois jusqu’à ce qu’il se positionne à nouveau droit, le bassin collé au sol. Et voilà comment opère l’incroyable : sans prendre le parti de m’attacher aux pensées et de me révolter, la douleur se dissout petit à petit. Elle est remplacée par un flux qui parcourt le corps comme un souffle d’air caressant. Au bout de trente minutes, je me lève. Le corps est détendu, les larmes sont sèches, le coeur bat à un rythme régulier, sans aucune trace de perforation. Le regard se tourne vers l’extérieur et découvre une coccinelle posée sur la main.

Comment la douleur arrive à tel endroit du corps suivant la situation activée ? Comment elle bouge ? Comment elle passe ? Comment la coccinelle est arrivée là ? Je n’en sais rien. Eberluée, je souris.

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